23 novembre 2008
Portrait de bénévole (Actions 10/08)
Entretien avec Jean-Marie Battarel (Partie 2)
C’est un des intervenants ayant effectué le plus grand nombre de missions (près de trente cinq rien que pour Aquassistance),du Mali en Afghanistan en passant par le Soudan, le Sri Lanka, Haïti ou le Mexique. Son métier, l’hydrogéologie qu’il a exercée à Safège, est une compétence clef dans bon nombre de projets. Il nous a paru intéressant de lui poser quelques questions sur cette riche expérience de l’humanitaire.
Quel est votre secret pour revenir toujours en forme, alors que vous enchaînez les missions?
Je ne sais pas si j’ai un secret particulier, mais il est vrai que dans ma formation de géologue j’avais suivi des cours d’hygiène et de santé en milieu tropical. De plus j’ai été sensibilisé à ces aspects car j’ai remplacé en coopération au Zaïre un géologue, rugbyman palois, qui avait dû être rapatrié sanitaire au bout de six mois avec un abcès amibien au foie, faute précisément de prendre un minimum de précaution (désinfection des légumes et fruits au permanganate, ne pas se baigner en eau stagnante, ne pas boire d’eau non bouillie et filtrée etc.). De plus je ne suis pas sensible à la chaleur et enfin, j’essaie de me maintenir en forme en faisant du sport entre les missions !
Quels moments vous ont le plus marqué ?
Quand les villageois sont réunis et que l’eau commence à jaillir, c’est toujours une grande satisfaction pour eux et pour moi. Lors de la dernière mission en juin à Boucan Lamare sur l’île de la Gonave (Haïti), à l’installation de la foreuse, les villageois n’étaient pas très impliqués, à tel point que le troisième jour ils ne voulaient plus amener de l’eau au chantier.
Renseignement pris, ils n’y croyaient plus car trois forages avaient été réalisés en avril et mai par je ne sais qui et ceux-ci s’étaient révélés secs. Je leur ai expliqué que ces ouvrages n’avaient certainement pas atteint la nappe et que j’avais fait de la géophysique qui montrait que la nappe ne se trouvait pas avant 95 m. Cela leur a donné un tout petit espoir ; inutile de dire qu’à partir de 80 m une bonne partie du village était réunie autour de la foreuse. La nappe a été rencontrée à 98 m et là ce fut la fête, les bouteilles de rhum ont commencé à arriver, si bien que j’ai dû arrêter le chantier pour éviter un accident ! Au Sri Lanka, j’ai observé le même scénario ; là c’était l’hydrogéologue de l’administration qui était passé me voir pour dire que c’était inutile de forer à l’emplacement que j’avais indiqué au foreur, que le trou serait sec. J’ai maintenu l’implantation suite à la géophysique que j’avais effectuée. Conclusion : plus de 80 m3/h à 30 m de profondeur !
Je suis toujours aussi marqué par les maladies qui frappent les enfants, dues neuf fois sur dix à un manque d’hygiène et à une origine hydrique et il n’est pas rare que les intervenants d’Aquassistance soient sollicités pour donner des soins, qui se limitent à la «bobologie», au transport vers un centre de santé ou même au paiement des soins dispensés par l’hôpital. Il est évident que je ne peux pas être insensible à la douleur de familles qui ne soignent pas leur enfant faute d’argent.
Avez-vous vécu des moments difficiles ?
Oui bien sûr, comme tout intervenant, lorsque je suis confronté aux problèmes que j’évoquais concernant la santé des enfants et aussi quand je vois que je suis impuissant pour faire avancer le projet comme je le souhaiterais.
A la Gonave (Haïti) par exemple, la mission s’est révélée difficile, du fait que je devais disposer d’une foreuse marteau fond de trou, qui permet de forer dans les calcaires 70 à 100 m par jour, et que je n’ai trouvé qu’une vieille foreuse au battage au câble complètement pourri. Il a fallu faire avec, après remise en état précaire ! A cela se sont ajoutées de grandes difficultés pour se nourrir, se déplacer, mais malgré tout je relativise : pour les Haïtiens c’est leur lot quotidien, aussi je suis prêt à y repartir, d’autant que le second forage s’est également révélé très positif, pour effectuer les essais de pompage et poursuivre la réalisation de ce projet qui me tient à cœur.
09:54 Publié dans 04 - Notre revue "Actions", 16 - Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hygiène, hydrogéologie


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