23 novembre 2008

Portrait de bénévole (Actions 10/08)

Entretien avec Jean-Marie Battarel (Partie 1)

 

C’est un des intervenants ayant effectué le plus grand nombre de missions (près de trente cinq rien que pour Aquassistance),du Mali en Afghanistan en passant par le Soudan, le Sri Lanka, Haïti ou le Mexique. Son métier, l’hydrogéologie qu’il a exercée à Safège, est une compétence clef dans bon nombre de projets. Il nous a paru intéressant de lui poser quelques questions sur cette riche expérience de l’humanitaire.


Ph 14 art 10 Jean-Marie Battarel sur lac Kivu.JPGCes nombreuses missions occupent une grande partie de votre vie ?

Si on met bout à bout les séjours, la préparation, les réunions, la rédaction des rapports, cela équivaut à un travail pratiquement à mi-temps, à raison de 6 ou 7 missions par an.

Qu’est ce qui vous motive ?

Géologue de formation, j’avais choisi comme spécialité l’hydrogéologie précisément pour me consacrer à l’humanitaire au retour de ma coopération au Zaïre. Malheureusement dans les années 1968-70 les associations que j’avais rencontrées étaient constituées de gens de bonne volonté mais le plus souvent sans compétence technique. Je me voyais alors mal m’engager dans cette voie à cette époque. Ma carrière professionnelle dans le privé m’a amené à être confronté à la misère, après le Zaïre, dans de nombreux pays tant en Afrique (Tchad, Burkina Faso, Congo, Mauritanie) qu’en Amérique latine (Brésil, Pérou, Honduras). Aujourd’hui au sein de nombreuses associations, je peux constater l’engagement humanitaire de jeunes et de moins jeunes qui en plus de leurs convictions et de leur enthousiasme montrent une compétence certaine, d’où l’aboutissement de projets et ce, dans le cadre d’un développement durable, contrairement à ce que je constatais il y a encore une quinzaine d’années.

Tirez-vous des conclusions de vos multiples expériences ?

Ce serait prétentieux de ma part, néanmoins je vois quelques signes d’espoir dans certains pays, qui se traduisent par une légère amélioration sur le plan de la santé, de l’accès à l’eau ou de la nutrition, comme au Mali. En revanche d’autres pays continuent de s’enfoncer ou au mieux de stagner dans la misère comme Haïti, Madagascar ou l’Afghanistan. Les Haïtiens par exemple, ont beaucoup de mal à se projeter dans l’avenir ; ils vivent au jour le jour sans savoir de quoi demain sera fait.

Et pour ce qui est des conclusions dans votre domaine ?

Là par contre je suis plus optimiste. En matière d’accès à l’eau potable de très graves erreurs ont été commises dans le passé par certaines associations et bailleurs de fonds internationaux qui n’impliquaient pas les villageois concernés. Je me souviens lors d’un audit que j’avais réalisé au Tchad pour le PNUD et l’UNICEF d’arriver dans un village et de voir trois entreprises de forages en cours de travaux dans un rayon de 30 m, tout simplement parce que le même projet avait été présenté à trois bailleurs de fonds différents et les trois l’avaient accepté. Par ailleurs de très nombreux puits ou forages ont été réalisés sans aucun accompagnement de la population (à l’entretien, à la gestion, au paiement d’une cotisation…), d’où l’abandon des ouvrages dès la première panne, ensablement de puits faute d’entretien etc.

Aujourd’hui l’approche est différente. Bien que l’on retrouve parfois le schéma décrit précédemment, les villageois sont partie prenante dans chaque projet, ils sont sensibilisés au fait que les installations leurs appartiennent et qu’ils doivent les maintenir en bon état, ce qui implique de payer l’eau, d’avoir un comité de gestion… Nous sommes vraiment dans du développement durable et je suis persuadé que nous pourrons observer les fruits de cette nouvelle démarche dans quelques années.

Du point de vue ressources, il est rare de ne pas pouvoir satisfaire les besoins en eau. Très souvent par contre je suis confronté au refus systématique de nouveaux puits car ceux existant sont à sec. Or neuf fois sur dix, la raison en est que ces derniers sont des ouvrages villageois, creusés à la main et d’une profondeur telle que la tranche d’eau ne pouvait pas dépasser 1 m, le puisatier ne disposant d’aucun moyen d’exhaure pour approfondir l’ouvrage jusqu’au substratum imperméable. Une autre motivation de refus de tout nouveau puits est la qualité de l’eau qui, bactériologiquement, c’est un fait, est  rarement bonne, mais là encore cela est dû dans la plupart des cas au fait que le bétail s’alimente au même point d’eau que la population, qu’aucune précaution n’est prise pour descendre un seau et une corde propres (ils traînent sur le sol) et qu’enfin les eaux de ruissellement pénètrent dans le puits faute de protection par margelle et dalle de propreté. Il est évident que les eaux à faible profondeur ont en général une température de l’ordre de 27 à 34° C d’où le bouillon de culture que constitue chaque point d’eau. A chaque fois que j’ai observé ce type de contamination, ce n’était pas la nappe qui était contaminée mais seulement le puits. En formant et sensibilisant les populations à ces problèmes de protection de la ressource - les femmes en particulier sont très réceptives – nous devrions faire accepter la réalisation de puits par une entreprise dans les règles de l’art. Dans de nombreuses régions il y a des problèmes de qualité d’eau dans les nappes profondes et dans ce cas les forages sont inexploitables (fluor, sulfates, arsenic…) d’où l’intérêt de revenir à l’exploitation de la nappe phréatique qui est renouvelée chaque année.

 

Les commentaires sont fermés.